Ennéagramme et authenticité

Portrait de Eric HUGOT

L'ennéagramme est un outil particulièrement adapté, qui nous invite à identifier nos compulsions et mécanismes de défense, afin de pouvoir agir le plus possible « en conscience». Ne plus être sous l’emprise de mécanismes qui nous gouvernent à notre insu, est un enjeu dont la satisfaction n'est ni plus ni moins que de nous autoriser à être à nouveau nous même… en toute liberté.

« Deviens qui tu es » a toujours été le message de l’initiation, celui-là même qui incite le chercheur assidu sur la voie, à rechercher au fond de lui des réponses liées au sens de sa présence au monde : La quête de son unicité…

Les quatre accords toltèques donnent des clefs, une approche simple mais efficace pour aller au cœur de soi-même dans sa relation aux autres. « Avoir toujours une parole impeccable, ne réagir à rien de façon personnelle, ne pas faire de suppositions, faire toujours de notre mieux », serait suffisant en soi pour permettre l’avènement d’une société plus vraie et plus authentique : basée sur des relations non entachées de projections plus ou moins erronées.

Or, pour avoir une bonne relation avec les autres, il faut déjà avoir une bonne relation avec soi-même. Et pour vivre une relation authentique, il faut l’être avec et vis-à-vis de soi-même. Finalement, la quête de l’authenticité est au cœur de la démarche de tous ceux qui s’engagent sur le chemin de l’ennéagramme, comme du développement personnel, ou de la spiritualité. Et l’ennéagramme apparait comme pouvant être un outil pertinent, pour ceux qui souhaitent renouer avec eux-mêmes.

Nous pourrions ainsi proposer ces quelques pistes de réflexion, pour chacun des profils concernés :

Pour les 1

Pour les 1, l’authenticité, c’est de considérer que le travail n’est pas tout, et que la colère, si elle est légitime, a le droit de s’exprimer. Aussi, que la perfection n’est pas de ce monde. Que celui-ci n’en est pas moins agréable à vivre, quand on arrête de l’évaluer au prisme d’une conscience morale impitoyable qui sanctionne tout ce qui est déviant, ou toutes les erreurs au regard d’une morale intransigeante, que l’on pourrait commettre…

  • Le 1 n’est pas un robot, une machine : c’est parce qu’il n’est pas parfait et commet des erreurs, qu’il assume et reconnait son humanité…

Pour les 2

Pour les 2, l’authenticité c’est d’arrêter de prévenir les besoins des autres, voire de les créer, pour créer une relation de dépendance qui semble mettre à l’abri d’un quelconque rejet. C’est oser admettre ses propres besoins, les exprimer…mettre le cas échéant, son orgueil sous jacent de côté.

  • Le 2 n’est pas un manipulateur qui joue des sentiments pour parvenir à ses fins, et il a aussi ses propres besoins : il progresse en le reconnaissant, et en admettant qu’on puisse aussi lui faire du bien.

Pour les 3

Pour les 3, l’authenticité c’est d’oser reconnaître leurs échecs, et de ne pas chercher à réussir « à tout prix », quitte à aménager quelque peu la réalité : quand ETRE, est sans doute le seul vrai enjeu acceptable, celui qui ne les éloignera pas exagérément d’eux-mêmes, de leur vérité …

  • Le 3 n‘EST pas ce qu’il FAIT ; ou celui qui se perd, à force de s’adapter.
    Il peut être, exister : indépendamment de ses multiples projets, de ses victoires éclatantes et innombrables succès réels ou supposés…

Pour les 4

Pour les 4, l’authenticité, c’est de reconnaître que la Vie est merveilleuse naturellement, et que la banalité n’existe pas vraiment car tout instant est précieux, toute relation digne d’intérêt. Et qu’elle peut être vécue sans afficher en permanence une différence comme marque de fabrique, qui les affranchiraient et les préserveraient, de ce qui apparait pour eux comme un risque majeur à éviter.

  • Le 4 n’est pas banal et la vie ne l’est pas davantage. Nous sommes tous différents, et tous uniques. Il n’y a rien faire pour cela, pour l’obtenir : c’est…

Pour les 5

Pour les 5, l’authenticité c’est de reconnaitre que les émotions, même si elles échappent à la maîtrise du mental, ne sont pas dangereuses : pas davantage que le monde qui nous entoure. Qu’on ne peut de toute façon pas complètement expliquer celui-ci, et qu’il n’est pas forcément intrusif. Monde incarné avec lequel on peut interagir sans que cette relation nous laisse exsangue, de nous-mêmes et de notre substance vidés.

  • Le 5 n’est pas ce super ordinateur sans émotions, avares de celles-ci comme de son savoir dont il est si fier et qu’il a si ardemment acquis. Il peut s’ouvrir, être généreux, être incarné : et mettre ses connaissances aux services du monde…

Pour les 6

Pour les 6, l’authenticité, c’est de considérer que l’on peut être par soi-même, pour soi-même, sans que ce là soit dangereux ou exprime une quelconque trahison vis-à-vis de qui que ce soit.

  • Le 6 n’est pas celui qui existe avec, pour et à travers les autres. Il a aussi son individualité.

Et il doit arrêter de douter en permanence, de lui comme des autres : comme d’un monde hostile et peu fiable, dont il devrait et pourrait par l’appartenance au groupe se protéger.

Pour les 7

Pour les 7, l’authenticité c’est de s’engager dans une voie réellement sans être constamment dans la recherche effrénée de plaisirs et autres succédanés, visant à leur éviter une souffrance intolérable autant que réprimée.

  • Le 7 n’est pas dans la recherche de liberté à tout prix, négligeant celle des autres, centré sur la propre satisfaction à tous ses désirs : machine à produire du plaisir comme antidote permanent à une douleur, qu’il gagnera sans doute un jour à extérioriser…

Pour les 8

Pour les 8, l’authenticité c’est de reconnaître qu’ils peuvent ne pas être forts, et montrer leur faiblesse, ou simplement leur fragilité. C’est admettre que c’est possible, et même souhaitable. Que reconnaître l’autre dans son altérité, c‘est aussi le rejoindre dans ce qui fonde son identité : là ou chacun affirme son humanité.

  • Le 8 n’est pas cet être dur et impitoyable, voire cruel. C’est un être fait de bonté, qui combat l’injustice, pour résoudre ce qui un jour a déformé sa vision du monde, l’a altérée.
    Trouver la paix en lui pour œuvrer pour la paix dans le monde peut être la clef…

Pour les 9

Pour les 9 enfin, l’authenticité c’est de ne pas s’oublier et s’effacer, au motif de préserver une harmonie qu’un jour ils auraient remise en cause, bouleversée.

  • Le 9 n’est pas celui qui se défile tout le temps, évite toute prise de position potentiellement source de conflits, est incapable de la moindre décision.
    Il peut être celui qui réunit et rassemble : d’autant plus et mieux, qu’il saura s’affirmer.

 

En conclusion, il semble important de rappeler que chaque peur génère un mécanisme de défense spécifique, une stratégie d’adaptation particulière.
Mais que derrière chacune d’entre elle, c’est le même désir et besoin qui s’exprime : celui d’être reconnu et aimé, pour ce que l’on est, vraiment…en toute authenticité.

Question, alors : jusqu’où peut-on être authentique ? Nous laissons à chacune et chacun, le choix de répondre à cette interrogation.


Eric HUGOT
Juin 2013

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