Créer un personnage de roman et un bon scénario avec l’aide de l’ennéagramme
Quand il s’agit de raconter une histoire, au-delà des qualités de plume du romancier, ce qui fera la différence c’est la qualité du scénario, qui constitue la colonne vertébrale garantissant l’intérêt et la crédibilité du récit. Deux éléments majeurs font partie des fondements d’une bonne histoire :
- des traits de caractère qui rendent le personnage crédible : au-delà de l’apparence physique, c’est la psychologie caractéristique tant du personnage principal que des secondaires, qui, en leur donnant la profondeur et la complexité indispensables, va donner une vraie consistance au récit et à leurs rapports. Dans ce domaine, l’ennéagramme des personnalités peut nous être d’un grand secours pour définir en détail les ressorts psychologiques marquants qui poussent chaque personnage à agir.
- une construction scénarique cohérente, qui tient le lecteur en haleine et fonctionne comme une mécanique sans défaut, sans incohérences ni contre pied maladroit dans la chronologie des événements. L’intrigue est un processus vivant qui nous amène méthodiquement de situation en situation, jusqu’au dénouement.
Et sur ces deux points, l’ennéagramme se révèle un outil de première main au service de l’auteur et de sa création, pour construire un bon récit, pour un livre comme pour un film.
Donner vie à des personnages réalistes et attachants
En l’absence de connaissance sur le fonctionnement psychologique de l’être humain, le risque est que l’auteur d’un roman fasse fonctionner ses personnages sur le seule manière à laquelle il a accès, c’est à dire la sienne, et ne fasse que se mettre dans la peau de chacun, pour aboutir au final à une collection de clones qui ne se distinguent que par leur apparence physique, car tous porteurs d’une même structure psychologique, au détriment de la véracité du récit.
Et ici l’ennéagramme est un modèle de choix pour structurer les protagonistes selon des principes qui répondent à ce qu’on rencontre dans la vraie vie, et rendre un personnage mémorable.
L’ennéagramme est une approche psychologique qui étudie les motivations cachées, et généralement inconscientes, derrière nos comportements, en s’intéressant aux peurs d’un individu, et par conséquent, à ce qu’il évite à tout prix. C’est un outil unique pour comprendre le vécu intérieur des personnes et il est très utilisé en accompagnement thérapeutique ou en coaching, mais aussi en management, pour améliorer la communication ou mieux gérer les conflits, et pour tous les sujets en rapport avec l’interaction humaine.
Il sort de l’objectif de cet article de faire une description détaillée de l’ennéagramme. Vous trouverez sur ce site de nombreuses ressources pour vous aider à vous faire une première idée des principaux bénéfices de cette démarche quand elle concours à un travail d’écriture de roman ou de scénario.
Pour avoir une première lecture rapide de l’ennéagramme, il vous suffit d’imaginer que chaque personnage aborderait les expériences avec une préoccupation particulière en toile de fond. L’ennéagramme propose 9 préoccupations qui peuvent toutes se combiner, permettant de développer un mode d’action unique pour chacun en fonction de son rôle dans l’histoire. Pour faire simple, on peut dire qu’il y a neuf choses que nous pourrions vouloir éviter à tout prix :
- l’un voudra ne surtout pas faire d’erreur, et va y répondre par du perfectionnisme
- un autre ne voudra pas que ces besoins passent avant ceux des autres, et sera orienté vers l’aide aux autres
- un autre ne voudra pas d’être en échec, et sera toujours en quête de victoire
- un autre ne supportera pas de pouvoir être considéré comme banal, et affirmera une originalité
- un autre ne voudra rien ignorer, et sera préoccuper d’explication du monde
- un autre aura peur d’être rejeté par le collectif et sera en quête d’approbation
- un autre ne supportera pas de souffrir, et combattra le marasme dans l’optimisme
- un autre n’acceptera pas d’être en situation de faiblesse et sera toujours en recherche de pouvoir
- un autre enfin voudra éviter les conflits et sera en quête d’harmonie
Parmi mes activités, j’ai régulièrement animé des séminaires d’écriture de roman qui ont vraiment changé la richesse et la densité des personnages créés par ceux que j’ai pu coaché dans leur écriture : le méchant a des motivations plus profondes, les personnages secondaires ne sont plus seulement des éléments de décor, les dialogues sont plus riches, chacun parle d’une voix unique, l’état d’esprit de chacun contribue à l’intrigue, on élimine les justifications tirées par les cheveux de certains actes nécessaires au déroulement du scénario, le but du héros prend tout son sens, et bien plus encore.
Établir une fiche personnage qui intègre la structure ennéagramme est une astuce qui peut clarifier l’identité de chacun et permettre de ramener plus d’attention sur le style littéraire.
L’ennéagramme vous donne donc une clef précieuse pour vos personnages. Notre formation de Praticien en ennéagramme vous permettra d’en maîtriser tous les rouages. Mais vous pourrez aller encore plus loin si vous souhaitez créer des personnages extrêmement riches pour publier un chef-d’œuvre littéraire ! Il existent d’autres approches qui posent les yeux sur la psyché humaine et ont prouvé leur efficacité, parmi lesquelles la typologie de Jung (MBTI), les messages contraignants (drivers) de l’analyse transactionnelle ou la spirale dynamique. Et nous avons réuni ces différentes approches en un tout structuré et cohérent : le modèle Psychostructure. Si vous souhaitez définir un héros dont les idées, les émotions et les actions sont plausibles dans toutes les situations vécues durant l’histoire, ce modèle est la réponse et vous ne regretterez jamais votre décision de suivre une formation complète à la Psychostructure.
Ecrire un scénario qui tient la route
Le métier d’écrivain, c’est avant tout celui d’un conteur qui conduit le lecteur vers une évolution de sa compréhension de certains de ses problèmes, et l’histoire racontée n’est au final toujours qu’une métaphore de leur question.
En effet, tout nous porte à croire que nos lointains ancêtres, après une journée bien remplie à chasser le mammouth, se réunissaient autour d’un feu commun et qu’on y écoutait des histoires. Ces histoires furent à l’origine de toute la mythologie qui imprégna les peuples antiques. Il est donc clair que les récits n’avaient pas pour seul objectif de distraire des chasseurs fatigués ou d’aider à affronter la noirceur de la nuit. Elles étaient selon toute vraisemblance racontées par le chamane ou le sorcier de la tribu et avaient une valeur initiatique. A travers le parcours d’un héros, elles donnaient aux hommes des schémas de fonctionnement qui leurs parlaient de leur propre histoire, résonnaient avec leurs propres préoccupations quotidiennes.
Et au fond des choses, il en est resté de même jusqu’à notre époque. Qui ne reconnaît aujourd’hui la valeur des contes d’enfants et leur concours au processus de construction du tout petit ? En filigrane, à chaque fois que nous nous rendons attentif à une histoire, dans un livre, au cinéma ou dans la bouche d’un conteur, c’est parce qu’elle est une métaphore d’une question personnelle dont elle nous donne une clef. La difficulté que rencontre le personnage principal et la façon dont il va essayer de la résoudre nous donnent de précieuses informations sur nos propres problématiques, notre inconscient établissant à notre insu de puissantes correspondances et nous soufflant des éléments de solution extraits de l’histoire.
Un scénario, c’est donc un processus. Et ici encore l’ennéagramme peut nous être d’une grande utilité, sous sa facette d’ennéagramme des processus (voir notre article sur le sujet). Le fil d’une histoire peut en effet s’envisager comme un cas particulier d’un modèle générique que nous pouvons poser sur l’ennéagramme suivant, inspiré de A.G.E Blake (The intelligent enneagram, Shamballa) :

- Au départ, il y a dans un milieu donné “la vie de tous les jours” (point 9).
- Dans ce contexte, on a des “personnages clefs”, des gentils et des méchants, avec chacun ses particularités (ennéagramme et psychostructure nous seront ici d’une grande aide !), qui vivent leur vie habituelle dans ce contexte, avec des relations particulières entre eux, qu’ils soient amis, adversaires ou ne se connaissent pas encore à cette heure (point 1).
- Mais quelque chose ne va pas, les personnages ne collent pas à leur train-train, il existe une “tension”, souvent liée à des points de vulnérabilité, sans laquelle l’histoire s’arrêterait là, faute de raison d’être (point 2).
- Un moment donné, quelque chose se passe qui va “changer les conditions” dans lesquelles un certain équilibre pouvait se maintenir, malgré la tension (point 3) : décès, révolution, perte d’un objet fétiche, héritage, changement de contexte économique ou social, etc…
- La nouvelle donne entraîne des évènements de plus en plus difficiles. Les simples tensions donnent de la voix, et on passe à présent à des “frictions” qui sont invivables et vont imposer de suivre un cheminement vers le point 5 pour trouver un nouvel équilibre (point 4).
- Ce cheminement conduit plus ou moins facilement selon le cas vers un “point d’orgue” : une transition critique suite à laquelle les personnages accèdent à une nouvelle vérité, insaisissable à la première heure (point 5).
- Rien ne pourra plus être comme avant, il faut alors renoncer à se raccrocher au passé et faire évoluer le contexte (point 6).
- Emerge donc une nouvelle compréhension sur la base de laquelle la situation peut “évoluer vers un nouvel état” (point 7), dans lequel les personnages accèdent à une vision différente des choses.
- La conclusion de l’histoire permet alors de dégager la vue d’ensemble de la trame dramatique, faisant émerger une “compréhension d’ensemble” (point 8) qu’on ne pouvait pas imaginer avant d’avoir connaissance de l’évolution dramatique.
Ces étapes sont liées entre elles au-delà de la causalité temporelle par les flèches internes de l’ennéagramme. En effet :
- (1)-(4) : Les personnalités des personnages clefs vont définir la teneur des frictions.
- (4)-(2) : Par causalité inverse, la tension dans la vie ordinaire doit préfigurer les futures frictions.
- (2)-(8) : La conclusion prend valeur initiatique de solution face à une tension donnée de la vie quotidienne.
- (8)-(5) : C’est la compréhension finale qu’on veut véhiculer qui va fixer la teneur des événements au point d’orgue.
- (5)-(7) : Le point d’orgue implique directement le nouveau contexte qui en découle.
- (7)-(1) : Le nouveau contexte réclame des personnages capables de vivre cette transition.
Comme on peut le constater, la modélisation obtenue permet d’inscrire un scénario dans une trame qui lui garantira son efficacité, tout en laissant une grande liberté de manœuvre.












