Le processus du deuil
Nos vies sont faites de changements. Parfois ils sont désirés et en phase avec nos besoins, d’autres fois nous les subissons et nous avons le sentiment de perdre “ce qu’il y avait avant” et qui n’est plus accessible, et ceci peut nous empêcher de nous tourner vers notre avenir. Toute personne est amenée, au cours de sa vie, à faire face à la tristesse liée à la réalité de la perte. C’est par exemple :
- le décès d’un proche
- une séparation de l’être aimé
- la perte d’un emploi
- un déménagement ou un changement de vie difficile
- la perte d’un projet ou d’un rêve
- une transformation de soi (maladie, handicap, vieillissement)
Mais la réponse de chacun face à la souffrance de cet état reste unique au plus profond de son vécu. Connaître le processus de deuil et ses étapes permet de mieux aider la personne endeuillée qui le traverse, et peut aussi nous accompagner dans la recherche de repères pour avancer, lorsque la vie quotidienne nous met face à la difficulté. Il s’agit de faire face à une rupture entre la réalité du passé et la nouvelle réalité qui s’impose, avec les émotions et la douleur qui l’accompagnent.
Le deuil est un processus qui implique donc un travail d’adaptation intérieure qui se déploie dans la durée, car l’esprit humain ne peut pas absorber immédiatement l’impact d’une perte importante. Il ne s’agit pas simplement de « tourner la page », mais d’intégrer progressivement, sur la durée du deuil, la perte dans sa vie psychique.
Les différentes modélisations au service du processus du deuil
Pour mieux comprendre le cheminement intérieur des personnes endeuillées, plusieurs chercheurs et psychologues ont proposé des modèles décrivant les différentes grandes phases du deuil, utilisables à différentes échelles, qu’il s’agisse du décès d’un être important dans sa vie personnelle ou de la perte de son porte-clef fétiche.
Ces modèles ne doivent pas être vus comme des règles rigides, mais plutôt comme des repères permettant de comprendre les mouvements émotionnels qui peuvent se produire dans ces situations.
Par exemple, le psychologue William Worden propose une approche basée sur quatre tâches que la personne en deuil doit progressivement accomplir, dans un travail actif d’adaptation selon un cheminement :
- Accepter la réalité de la perte
- Traverser la douleur du deuil
- S’adapter à un environnement sans la personne proche ou la situation perdue
- Repositionner émotionnellement le lien tout en continuant à vivre
Les chercheurs Margaret Stroebe et Henk Schut proposent pour leur part un modèle qui considère qu’un patient endeuillée oscillent de façon non linéaire entre deux types d’expériences à accompagner avec :
- des moments centrés sur la perte (souvenirs, tristesse, chagrin, nostalgie)
- des moments centrés sur l’enjeu de se reconstruire (activités, projets, relations)
Mais le modèle les plus connus est sûrement celui d’Elisabeth Kübler-Ross, médecin psychiatre helvético-américaine, pionnière de l’approche des soins palliatifs pour les personnes en fin de vie.
Elisabeth Kübler-Ross décrit cinq étapes principales au processus du deuil :
1-Le déni
Le déni correspond à une phase où la réalité de la perte semble difficile à accepter. La personne peut avoir l’impression que ce qui est arrivé n’est pas réel.
Ce mécanisme protège temporairement l’individu face à l’intensité du choc.
2-La colère
Lorsque la réalité commence à s’imposer, la personne peut ressentir de la colère. Celle-ci peut être dirigée vers différentes cibles : les circonstances de la perte, les autres personnes, soi-même, la vie ou le destin.
Cette émotion exprime souvent un sentiment d’injustice ou d’impuissance.
3-Le marchandage
Dans cette phase, certaines personnes tentent mentalement de négocier avec la réalité. Elles peuvent imaginer des scénarios où la perte aurait pu être évitée.
Le marchandage traduit souvent un désir de reprendre le contrôle face à une situation irréversible.
4-La tristesse ou dépression
La personne prend progressivement conscience de l’ampleur de la perte. Une profonde tristesse peut apparaître, accompagnée parfois d’un sentiment de vide ou de fatigue.
Cette phase correspond à l’intégration émotionnelle de la réalité.
5-L’acceptation
L’acceptation ne signifie pas que la personne ne ressent plus de tristesse. Elle signifie que la réalité de la perte est désormais intégrée et qu’il y a une certaine forme d’apaisement.
La personne peut alors commencer à se tourner à nouveau vers l’avenir.
L’ennéagramme des processus pour décoder les étapes du deuil
Je vous propose ici d’envisager ce processus et ses étapes sous l’angle d’un outil particulièrement pertinent : l’ennéagramme des processus. Si cet outil inestimable de modélisation systémique ne vous est pas familier, je vous invite en préambule à lire notre article sur le sujet. Ce décodage sur l’ennéagramme des processus vous sera d’une grande aide pour aider une personne à traverser le deuil.

La première étape, c’est d’identifier la perte qui demande un processus de deuil. Il peut ici y avoir un déni de la perte qui est une barrière à l’avancement conscient du processus. Le premier point choc (point 9) consiste alors à stopper ce déni et reconnaître qu’il y a perte.
On pourra alors explorer les peurs qui sont liées à cette perte (point 1, réaction au niveau du centre mental), puis la colère que la perte provoque (point 2, réaction au niveau du centre instinctif).
On peut alors passer au véritable travail émotionnel (point choc en 3) dont la première étape consiste à exprimer toute sa tristesse. L’émotionnel ne pourra pas pleinement s’exprimer si le mental verrouille la situation pour cause de peurs latentes inexprimées (flèche 1-4). Et la plongée dans l’émotionnel pourra potentiellement raviver la colère (flèche 4-2) qui n’aurait pas été suffisamment évacuée (aller-retours possibles entre 2 et 4).
La véritable clef du deuil est alors accessible. Elle consiste à transmuter la tristesse (point 4), en acceptation (point 5). L’aspiration à retrouver une certaine sérénité (flèche 8-5), à l’apaisement, peut être un moteur pour franchir ce pas.
Au delà de l’acceptation, il s’agit cependant de réinscrire l’évènement dans le flux de la vie (point choc en 6). De l’acceptation et de la nécessité de trouver un sens à la perte émerge le cadeau caché (flèche 5-7) qui résorbera toute peur résiduelle face à l’avenir (flèche 7-1). Il devient alors possible d’accéder à la sérénité vis à vis de cette perte et ici, toute colère résiduelle (flèche 2-8) sera un frein.
La manière d’utiliser ce processus en accompagnement est explorée dans le cadre du cursus de “Maître-
Jean-
le 15 juin 2009
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