Mécanisme ennéagramme 9

Portrait de Jean-Philippe VIDAL
Ennéagramme 9

Le mécanisme 9 se base sur une croyance de départ que l’on pourrait décrire ainsi : “En m’affirmant, je perturbe l’harmonie de mon entourage, et par extension l’harmonie du monde extérieur”. La conclusion qui s’impose : Ce que je suis dérange. A un niveau inconscient, je vais donc prendre pour habitude de me fondre dans le décor et de “suivre le mouvement”, pour ne pas me faire remarquer.

La Base 9 étant une facette du centre instinctif, la notion de territoire est une composante très importante de sa dynamique. Et plutôt que de réclamer le territoire pour soi, ou de se faire garant de la norme imposée par le plus grand nombre (des “valeurs” qu’on ne discute pas), nous allons choisir d’étouffer notre propre notion de territoire pour mieux nous faire accepter par le monde extérieur, réprimant ainsi notre centre instinctif. En découle une attitude positive, empreinte de gentillesse, que certains pourraient prendre, par erreur, pour de la naïveté, voire de l’innocence. Il s’agit donc de se faire accepter, de ne pas faire de vagues ; quitte à ne pas se faire remarquer.

En étant facile à vivre, l’harmonie et l’équilibre de ce qui nous entoure seront préservés et je me sentirai bien. Même si cela implique pour moi “d’endormir” mon énergie sous une chape de plomb.

 

Étant focalisés sur l’harmonie, et par extension sur un idéal plutôt statique, les individus de Base 9 auront tendance à mal vivre les situations de compétition ou de changement. En effet, nous avons fini par faire la corrélation inconsciente entre l’harmonie et le statu quo, le compromis (forme appauvrie du consensus).

La pire situation possible quand je suis de base 9 est une situation de conflit ouvert ; qu’elle m’implique directement ou que j’en sois le témoin. Quel que soit le cas de figure, si la conciliation échoue, j’aurais tendance à me figer. Mais ce qui peut être assimilé à une réaction de peur par l’autre est en fait la manifestation d’un mécanisme beaucoup plus complexe, visant à contenir l’émotion associée aux types du centre instinctif : la colère.

Car si je “fais le mort”, ce n’est pas pour que tu m’épargnes, mais bien pour éviter d’aggraver encore la situation en libérant cette décharge émotionnelle qui, là j’en ai réellement peur, risque d’envenimer encore plus la situation actuelle. En Base 9, c’est la pire situation possible car c’est celle où je contacte ma principale peur : celle d’être la cause d’un bouleversement radical de l’harmonie.

 

Dans un cadre plus posé, modéré (au travail, par exemple), la meilleure façon d’éviter le conflit consistera à éviter de dire “non”. A la place on dira “peut-être”, voire “oui” ; et ce même s’il subsiste des doutes ou des réticences. Cette acceptation n’engage à rien puisqu’on est avant tout rassuré d’avoir évité le conflit potentiel. Après coup, si je ne fais pas ce qu’on m’a demandé, je présenterai mes excuses. Et si la situation s’envenime, je pourrais toujours “faire le mort” pour que l’agression “glisse” sur moi. Mais glisse-t-elle vraiment ?

A ce stade, il est bon de réitérer les précautions oratoires d’usage : nous décrivons là des modes de fonctionnement compulsifs qu’on observera à des degrés moindres chez la plupart des personnes se reconnaissant dans la Base 9.

 

En règle générale, on observera, comme comportement associé à la Base 9, une attitude positive (bien que réactive) et conciliante, prenant en compte, autant que faire se peut, les points de vue de chacun. Raison pour laquelle le Type 9 se voit décrit comme “médiateur” ou “diplomate” par la plupart des approches de l’Ennéagramme. En découle une certaine difficulté à prendre des décisions qui me sont propres ou qui sortiraient des balises définies pour que je me sente bien.

On sera beaucoup plus à l’aise quand les attentes de chacun seront clairement édictées et auront l’approbation de tous (la nôtre en découlant d’office si nous ne voyons pas d’objection à ce qui est souhaité). Par contre, si ce qui est proposé ne me convient pas (au niveau de mes valeurs personnelles, par exemple), l’expression du “non” devra être prise comme un signal fort par autrui.

La logique de “chape de plomb”, décrite plus haut est une interprétation du mécanisme de défense en Base 9 que l’on appelle “Narcotisation”. Plutôt que de confronter le problème (ou la solution) pouvant entraîner d’éventuels conflits (et je souligne la notion d’éventualité de conflit), je vais endormir mon malaise et mes objections et les sacrifier sur l’autel de l’Harmonie, qui doit être préservée à tout prix.

 

Comme la mécanique du Type 1 présentée sur ce site, la problématique du point 9 se concentre sur la nécessité de contenir la Colère. Or je ne peux me mettre en colère puisque je suis d’accord avec tout le monde. Mais ce mode de fonctionnement a un prix.

Selon certaines traditions d’enseignement de l’Ennéagramme, l’image la plus utilisée sera celle du volcan qui sommeille.

Autant les personnes en Base 1 trouveront un sanctuaire (réel ou fantasmé) pour évacuer le chaos émotionnel qui les habitent, autant en Base 9, la Colère accumulée ne pourra trouver à s’exprimer que dans des épisodes (peu nombreux dans les cas référencés) de rage aveugle, compulsive et souvent destructrice. Car tout système visant à contenir une énergie se doit d’avoir une soupape de sécurité. La mécanique mise en place en Base 9 en est relativement dépourvue.

C’est là que la Narcotisation intervient. Pour contenir ce bouillonnement intérieur, j’aurais tendance à me perdre dans une routine, à fignoler un projet sans jamais le finir, à me soucier du moindre détail. Voire je me lancerais dans des activités de divertissement sans but réel (par exemple débloquer tous les bonus d’un jeu vidéo, quitte à ce que j’y passe un mois entier) pour éviter de voir et de ressentir ce qui se passe à l’intérieur.

Jusqu’au jour où la frustration sera trop forte. Là je me verrai lancer ma manette de jeu contre un mur.

 

C’est par exemple sous cette forme que se manifestera la fixation (mentale) dite de l’“Oubli de soi. Je vais me concentrer sur une activité, idéalement sans enjeu, pour ne pas avoir à creuser ce qui me dérange vraiment. Face à ce que souhaite l’autre, toujours dans cette logique d’évitement, je vais avoir tendance à prendre le point de vue de l’autre pour moi. Ses attentes vont devenir mes attentes. Pour décrire ce mécanisme de défense on parle de “Fusion”.

Le contrepoids de l’Oubli de soi s’avère contenu dans l’idée supérieure d’Amour, au sens large. Car plutôt que de m’oublier dans des quêtes (le terme anglo-saxon “pursuit” me semble plus adapté, puisqu’une “poursuite” n’est jamais terminée) qui m’aident à m’oublier moi-même. J’ai tout-à-fait le choix de donner de ma personne à l’autre (une personne, un groupe, un idéal, une cause). Et qu’est-ce que l’Amour, sinon un don de soi ?

 

Dans la dimension émotionnelle, la meilleure parade à cette Colère sourde qui caractérise le mécanisme du type 9 est la Paresse : la meilleure méthode pour composer avec l’idée fondatrice que je suis un élément perturbateur sera de ne jamais rien faire pour éviter de créer ladite perturbation. Je préfère me dire que je n’en suis pas capable, que je n’ai pas la compétence, plutôt que de donner le proverbial coup de pied dans la fourmilière en passant à l’action.

Et c’est pourtant en passant à l’action que l’individu en Base 9 peut se libérer de cette passion. La concrétisation de la vertu que l’on peut appeler Diligence (décrivant le passage à l’action en toute conscience) lui permettra assez vite de se confronter au monde concret et n’empêchera pas ce dernier de tourner. En corrélation avec le don de soi (donc l’idée supérieure d’Amour), la mise en pratique de la Diligence pourra amener l’individu en Base 9 à voir et comprendre que le degré de perturbation qu’il apporte à l’Univers a un nom : la Création.

 

Intégration et Désintégration

Intégration : l’apport des caractéristiques positives du 3 l’aide à découvrir les ressources qui lui sont propres, à prendre en main les choses, à agir. En agissant, il existe et découvre qu’il peut être en lien avec les autres sans se perdre dans ce lien.

 

Désintégration : l’apport des caractéristiques négatives du 6 se traduit par l’accentuation de la peur de perte du lien. Le stress lié aux questions de stabilité augmente, le doute et le pessimisme pointent leur nez, et l’extrême réactivité aux demandes du monde extérieur fait qu’il est soit passif, soit agressif, ce qui tranche avec son habituelle égalité d’humeur.

Mécanisme ennéagramme 9

Nicolas DEPETRIS & Jean-Philippe VIDAL
Novembre 2010

© 2010 - EnVOLUTION

Niveau: 
Objectif: