Mécanisme ennéagramme 8

Portrait de Jean-Philippe VIDAL
Ennéagramme 8

Avant propos :

Un certain nombre de déclarations reproduites dans cette page sont issues des panels de la tradition narrative en Belgique dont de courts extraits ont été reproduits sur le site : http://www.enneagramme.be/

 

Comme nous l’avons vu dans l’article sur les centres, la question du centre instinctif est « comment survivre ? », avec en base 8 une préoccupation tournée vers l’extérieur.

On peut donc formuler la croyance suivante : « le monde qui m’entoure est impitoyable ». La peur sous-jacente est celle d’être blessé ou contrôlé par un autre. Il me faut donc me protéger en affirmant « je suis fort », « je suis juste », « j’ai de la puissance », « j’ai du courage ». Le désir faisant face à cette peur est donc de se protéger de l’influence du monde extérieur en prenant le pouvoir sur celui-ci.

La personne en Base 8 ne laisse pas transparaître aisément ses fragilités. Elle donne d’abord l’image de quelqu’un de fort, de solide, de puissant et d’aussi indestructible qu’un roc. Elle a appris très tôt à s’affirmer et à se battre pour prendre sa place. « Moi je vivais avec des gens qui étaient tout le temps dans l’émotionnel. Pour garder la distance au niveau affectif, j’ai dû me cuirasser et me blinder face à une grand-mère qui avait pris une place énorme dans la famille. Ressentir les émotions, c’est très dur. J’ai une peur terrible de vivre et de ressentir immédiatement mes émotions. »

En conséquence, la compulsion en base 8 va consister à éviter à tout prix de se montrer faible. La peur d’être contrôlé par l’extérieur, combinée à la compulsion d’évitement de la faiblesse vont m’amener à provoquer des conflits, pour savoir comment l’autre se positionne.

 

Etant dans le centre instinctif, les prises de position sont tranchées, c’est noir ou blanc, oui ou non, « tu es avec moi ou contre moi ». Ici, la clarté des choix est une préoccupation prépondérante, car si les autres ne sont pas « clairs », il y a un risque d’être « pris par surprise ». « Moi seul sais ce qui est juste dans une circonstance donnée, et laisser les autres faire, c’est risquer de laisser le contrôle à quelqu’un qui va nous mettre dans une situation de vulnérabilité. »

La Base 8 se positionne donc en termes de rapports de force quasi permanents. Elle cherche à prouver sa force aussi bien vis-à-vis d’elle-même que vis-à-vis des autres. Elle aime titiller et tester l’autre pour vérifier ce qu’il a « dans le ventre » (rappelons que nous sommes ici dans le centre instinctif) . « Provoquer c’est quelque chose que je fais de manière complètement impulsive. Provoquer pour voir «qu’est-ce que tu vas me répondre ?». Je peux le faire de manière très détendue sous forme de jeu. Mais je peux le faire aussi de manière beaucoup plus dure avec des personnes avec qui je suis en conflit. L’autre alors ne saura pas me répondre : je l’emporte toujours… »

Pour une personne fonctionnant majoritairement sur le mécanisme compulsif 8 il est important de percevoir en tout temps et dans toute situation qui tire les ficelles. Il faut savoir qui décide, qui prend les décisions, et lui montrer qu’il a tout intérêt à faire comme je lui dis, quitte à l’intimider (un peu).

 

L’univers perçu en Base 8 se répartit inconsciemment entre les « forts et les faibles ». D’un côté, il y a les « forts » qu’on va combattre parce qu’injustes. Mais il y a aussi les « forts » qu’on respecte, ceux qui nous tiennent tête, qui acceptent de se mesurer à nous “à la loyale”.

Quant au monde des « faibles », il comporte en premier lieu ceux qui n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes s’ils vont mal. La personne en Base 8 a en effet du mal à comprendre que des personnes puissent se laisser écraser sans réagir. Mais elle est aussi prête à se battre sans retenue pour les personnes qu’elle juge victimes d’injustice.

« Quand quelqu’un est victime d’une injustice, mon sang ne fait qu’un tour et je fais tout pour le défendre. Avant, je considérais qu’il y avait moi et les faibles que je méprisais. Maintenant, je suis plus tolérant. Je considère que nous cherchons tous à être aimé, qu’on cherche le bonheur et qu’on connaît tous les mêmes sentiments humains. J’ai appris à davantage accepter mes fragilités même si je ne les montre que sous contrôle. »

 

On trouve dans certains ouvrages ou sites Internet traitant de l’Ennéagramme que la passion associée à la Base 8 est celle de Luxure. Nous y préférons celle « d’Excés », qui nous semble plus fidèle à ce qui est relaté par les stagiaires ayant témoigné dans les différents panels de la tradition narrative auxquels nous avons assisté. C’est un excès qui se manifeste en tout : il n’y a pas de demi-mesure, si je donne, je donne tout, si je fais les courses, je remplis le frigo, et suis je suis mécontent, j’explose de colère.

Pour contre-balancer cet excès, il faut conquérir la vertu de simplicité, la juste mesure.

La fixation mentale associée à la base 8 est la vengeance. « Oeil pour oeil, dent pour dent »… voir plus, puisqu’il s’agit de préserver une position haute dans laquelle tout le monde comprend que je suis le plus fort.

Les personnes en Base 8 gagneront à intégrer comme idée supérieure la notion d’altérité, c’est à dire une acceptation du fait qu’ils sont qui ils sont, avec leurs fonctionnements, et qu’il en est de même pour l’autre. Si les comportements de l’autre me déplaisent parce que différents de ce que j’attends, ce n’est pas forcément parce qu’il a décidé de m’agresser. Il devient donc dès lors inutile de se venger.

 

Le champ lexical militaire est très souvent présent chez les individus du type 8, y compris dans les relations professionnelles : « conquérir le territoire », “gagner du terrain”, « suivre le plan de bataille », « regagner le camp de base », « c’était un bain de sang ».

On l’aura bien compris, nous sommes ici face à des personnages entiers, qui prennent des décisions et des actions rapides et tranchées :

« Quand il y a un problème qui surgit, moi je ne vois pas le problème, je vois immédiatement les solutions. Ça c’est une force inimaginable. Donc c’est très agréable parce que je ne connais ni l’angoisse ni l’inquiétude. Dans la vie, il y a très peu de choses qui me font peur. Je fais face aux événements et j’agis en conséquence. »

 

Comment ne pas conclure en abordant le thème de l’émotion principale, la colère ? « Dès que l’on me renvoie à une de mes failles ou à une faiblesse, j’explose, je suis capable d’être extrêmement agressif et méchant avec les autres. Le problème vient du fait qu’alors que je me calme relativement vite et que pour moi tout est oublié, de nombreuses personnes préfèrent ne plus jamais me parler. Le paradoxe ce situe là, je suis épris de justice, mais ce sont mes injustices que je refuse de voir. ».

On remarquera aisément qu’une personne ainsi soumise au mécanisme 8 manifeste une tendance marquée à être dans un déni de la souffrance ressentie ou infligée aux autres. Ce déni est un mécanisme de défense visant à ne pas contacter sa propre faiblesse.

 

Intégration et Désintégration

Intégration : l’apport des caractéristiques positive du 2 l’aide à considérer le lien aux autres autrement que comme un risque à prévenir. Il est moins intrusif vis à vis de leur prise de position et beaucoup plus adaptable à leurs besoins. Enfin, il accepte à son tour de se faire aider.

 

Désintégration : l’apport des caractéristiques négatives du 5 l’amène à se retirer du monde pour panser ses blessures et établir un plan de bataille en vue de son retour. Il amasse les informations qui lui seront nécessaires pour établir et mener à bien sa stratégie de vengeance.

Mécanisme ennéagramme 8

Nicolas DEPETRIS & Jean-Philippe VIDAL
Novembre 2010

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