Mécanisme ennéagramme 6

Portrait de Jean-Philippe VIDAL
Ennéagramme 6

Comme nous l’avons vu dans l’article sur les centres, la question du centre mental est « comment gérer ma peur ? ». En Base 6, j’utilise mon centre mental pour gérer ma peur vis-à-vis du monde intérieur et vis-à-vis du monde extérieur, partout et tout le temps. Comme le centre mental est sur-utilisé dans toutes les circonstances, il en résulte que :

  • Quand il s’agit d’avoir des émotions, j’ai des émotions dans ma tête.
  • Quand il s’agit d’agir, j’agis avec ma tête.
  • Quand il s’agit de penser, je suis mentalement fatigué.

Donc, ce centre mental, qui devrait être là pour me rassurer, n’est plus disponible quand il s’agit de penser le futur (préoccupation du centre mental). En conséquence, au lieu d’être là pour me rassurer, il me fait douter.

On retrouve ici le même type de paradoxe que pour les autres bases du triangle (3 et 9) : le centre prioritaire finit par se retrouver utilisé en dernier dans la situation où c’est à lui d’intervenir en premier. Ce centre qui devrait me servir dans une situation donnée est tellement sur-exploité qu’il me fait chavirer : En cas de stress c’est lui qui va me « lâcher » en premier.

Mon mental ne me rassurant pas sur le monde, la vision du monde que je vais construire est celle d’un monde dangereux. A l’extérieur, le monde est dangereux (orientation du doute vers l’extérieur) et je risque de ne pas être à la hauteur (orientation du doute vers l’intérieur).

 

N’étant pas à la hauteur pour affronter un monde dangereux tout seul, il devient donc primordial de faire partie d’un groupe, d’une coalition, pour survivre. La peur de base est celle d’être incapable de survivre seul. Le mécanisme 6 va ainsi me pousser à rejoindre un groupe. Mais une fois ceci fait, la pire des choses serait d’en être banni, d’être rejeté, « de se retrouver le soir à la porte du village, à l’extérieur de la palissade, avec les loups qui hurlent et qui approchent ». En d’autres termes, le désir de base va être de demeurer en sécurité.

En Base 6, donc, il est vital d’éviter à tout prix d’être banni du groupe pour rester en sécurité. Si mes comportements ne sont pas en accord avec les attentes et les normes établies du groupe, le risque est grand que le groupe me bannisse car je leur apparaîtrais comme déviant. La compulsion dans le mécanisme 6 pourrait être résumée ainsi : « éviter à tout prix la déviance ».

Conséquemment, les individus en Base 6 vont développer des affirmations de loyauté, et les démontrer en respectant scrupuleusement les règles et normes en vigueur, et en montrant qu’ils accomplissent leur devoir. On comprendra dès lors pourquoi il est indispensable pour une personne manifestant majoritairement le mécanisme 6 de connaître les règles de fonctionnement du groupe (au sens large : entreprise, association, amis, famille etc.).

 

Au delà de l’aspect « Loyal » traditionnellement mis en avant, il est utile de constater que les individus en base 6 ont aussi souvent un côté « imprévisible ». Le mécanisme de la Base alimente ces deux facettes : celle d’une obéissance apparente (respect des normes du groupe), et celle d’une remise en cause interne (rébellion contenue mais toujours présente). On va ainsi prendre l’habitude de prévoir le pire pour être prêt au cas où.

La passion associée à la Base 6 est la peur. La manifestation de cette peur peut avoir 2 polarités dont on nommera les manifestations comme « attitude phobique » et « attitude contre-phobique ». L’attitude phobique traduit une crainte grandissante, pouvant entraîner la paralysie en cas de stress. L’attitude contre-phobique, se manifeste par une agressivité et un élan aveugle vers le danger. On parlera de témérité, plutôt que de courage, car au moment où la contre-phobie se manifeste, je n’aurais pas spécialement anticipé les dangers auxquels je m’expose (en général c’est l’émotion du moment qui va me propulser, puis c’est un centre mental bien fatigué qui va prendre les commandes…)

 

Le doute étant omniprésent, la fixation mentale associée à la base 6 sera la suspicion. Une suspicion qui consiste à tenter d’anticiper ce que vont faire les autres pour me rejeter du groupe :

« Est-il en train de me préparer un mauvais coup ? », « Est-il loyal vis à vis de moi, ou bien va-t-il me trahir ?», « ce qu’il dit est-il bien ce qu’il pense vraiment ? » etc.

Le mécanisme de défense qui s’active ici est très utilisé en Base 6. On l’appelle « projection » : lorsqu’une pensée monte en moi et dont l’expression pourrait me faire passer pour « déviant », je vais inconsciemment la transférer sur quelqu’un d’autre.

A titre d’exemple, si je commence à penser « celui-là a une tête qui ne me reviens pas », cela va se transformer dans ma tête en « Il me regarde bizarrement, il doit penser que j’ai une sale tête ». Donc, tout ce qui monte en moi et qui est « déviant », va être projeté sur les intentions de l’autre, alimentant ainsi les mécanismes de peur et de suspicion décrits plus haut.

Parfois, la projection va être verbalisée : « N’aie pas peur », « ne t’inquiète pas », « Fais-moi confiance » sont en fait des projections de « j’ai peur », « je suis inquiet », « je me méfie de toi ».

 

Pour contre-balancer cette suspicion permanente, l’idée supérieure à conquérir va être la confiance, certains diront « la Foi ». Il s’agit de « s’en remettre à … », sans plus de doute sur ce qui pourrait arriver. Nous sommes ici dans le coeur de la problématique du « lâcher prise », qui, si elle n’est pas propre à la Base 6, occupe ici une place primordiale dans le travail sur soi.

Face à la passion de peur, qui relève de l’émotionnel, l’idéal serait d’apporter une réponse émotionnelle : la vertu de courage. Mais comme nous l’avons vu plus haut, le mécanisme 6 aura tendance à apporter une réponse mentale insuffisante à un problème émotionnel. La réponse la plus courante sera ici la témérité, « même pas peur ! Je vois le danger, je fonce dessus ». La contre-phobie qui opère ici est bel et bien une négation de la peur, ce qui est bien différent de l’expression de la vertu de courage qu’on pourrait définir ainsi : « J’ai peur, je le sais, je l’accepte, et j’y vais ». Autre illustration de comportement contre-phobique : « je quitte mon partenaire parce-qu’en réalité j’ai peur qu’il me quitte ».

Il n’existe pas à proprement parler de profil « 6 phobique » et de « 6 contre-phobique » bien distincts. Toutes les personnes dont les comportements sont régis par le mécanisme 6 alternent des moments phobiques et des moments contre-phobiques selon les circonstances ou les contextes de leur vie. Pour une personne donnée, la phobie ou la contre-phobie n’est jamais qu’une tendance majoritaire, l’autre aspect étant toujours plus ou moins présent même si certains individus à dominante contre-phobique n’aiment guère l’admettre.

 

Intégration et Désintégration

Intégration : l’apport des caractéristiques positive du 9 l’aide à agir instinctivement, donc plus spontanément, sans essayer de « lire dans la tête des autres ». Décrypter ce qui est dit par les membres du groupe devient moins important, et la quête d’harmonie avec les autres et lui-même succède à l’obligation stricte d’obéir aux règles et aux normes.

 

Désintégration : l’apport des caractéristiques négatives du 3 l’amène à rechercher frénétiquement l’obtention de résultats. Il devient « fou de travail » et soucieux de l’image qu’il renvoie à ceux qui dirigent le groupe. Il entre facilement en compétition, toujours en justifiant ceci par « le bien-être du groupe ». Enfin, il devient condescendant, prend des airs supérieurs, dénigre les autres, pour masquer un sentiment intérieur d’infériorité.

Mécanisme ennéagramme 6

Nicolas DEPETRIS & Jean-Philippe VIDAL
Novembre 2010

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