Mécanisme ennéagramme 5

Portrait de Jean-Philippe VIDAL
Ennéagramme 5

Comme dans les autres bases du centre mental, la thématique principale est celle de la relation avec un monde qui fait peur. Ici la problématique est tournée vers l’extérieur, donc la question est « comment gérer ce monde extérieur qui fait peur ? ». En découle une peur de base qui est celle d’être sans ressources, incapable d’évoluer dans ce monde.

Pour aller dans le monde extérieur il me faut m’équiper. Et étant donné que mon atout est le centre mental, m’équiper va consister à comprendre ce monde qui m’entoure. Le désir associé est d’être capable d’affronter ce monde qui m’entoure et qui me fait peur.

Nous observons ici un mécanisme qui vise à expliquer le monde plutôt qu’à s’y impliquer. On retrouve ici l’image communément admise en ce qui concerne la Base 5 de personnes qui se comportent comme des « observateurs détachés ». Il me faut regarder, analyser, observer et réfléchir pour comprendre… avant d’y aller.

Comme j’ai peur de manquer d’informations pour « pouvoir y aller », la passion associée va être l’avarice. Une avarice qui n’est pas spécifiquement une avarice financière mais plutôt une avarice de soi, une avarice de se donner au monde (temps, énergie, connaissances…). On comprendra dès lors que la vertu associée soit le désintéressement, c’est à dire la capacité à donner sans attendre en retour.

D’un point de vue mental, toute cette logique d’avarice va poser le principe de « détachement », de retrait et d’isolation dans une bulle face au monde.

 

La pire des choses serait que ma préparation soit vaine, que ma quête de comprendre le monde ne fonctionne pas, en d’autres termes que je sois vide. Car tant que je suis vide « je ne peux pas y aller ». Les personnes fonctionnant majoritairement sous l’emprise du mécanisme 5 vont donc tenter d’éviter de façon compulsive de se sentir « vides à l’intérieur d’eux même ». Pour éviter ce vide intérieur, le comportement va consister à se “remplir” de connaissances, de compréhension, d’analyses etc. Il s’agit là d’une fixation d’ « isolation » visant à considérer que ce qui est extérieur ne peut être appréhendé dans sa globalité, tout comme ce qui est à l’intérieur de moi ne peut être exprimé clairement. En d’autres termes, pour reprendre René Descartes, illustre représentant de la base 5, c’est un peu comme si le « je pense donc je suis » remplaçait le « je suis, j’existe ».

Afin que des pillards ne puissent entrer dans ma citadelle pour me dépouiller du peu que je possède je vais mettre en place un mécanisme de défense qui est l’isolation.

L’isolation est une forteresse, une tour d’ivoire qui joue dans plusieurs secteurs de ma vie :

  • Au travail, j’ai des collègues de travail qui ne connaissent pas mes amis;
  • mes amis ne connaissent pas ma famille;
  • ma famille ne connaît pas mes collègues de travail
  • etc

Il s’agit de compartimenter, de dresser des murs.

Cette division de mon univers en blocs restreints me permet d’envisager le monde sous un jour un peu plus serein, car maîtrisé. Chaque “micro-univers” étant hermétiquement séparé des autres. Je me permettrais même parfois d’adopter des comportements différents d’un “monde” à l’autre. En effet, les enjeux sont légèrement moindres car si la situation devient intolérable dans un monde, je n’aurais pas trop de difficultés à “larguer les amarres” et abandonner cette partie de ma vie qui me pose problème, sans que les autres soient impactées. C’est une certaine définition de la Liberté.

 

Ainsi, il n’y a rien de plus désagréable que de constater que quelqu’un tente de faire le passe-murailles pour voir ce qu’il passe « de l’autre côté ». Ce genre d’intrusion, perçue systématiquement comme une violation, se soldera en règle générale par une réaction violente, bien que tout à fait raisonnable du point de vue l’individu ancré dans sa compulsion 5 : « tu as rompu un contrat de confiance tacite entre nous, tu n’existes plus pour moi ». Plus de son, plus d’image. En effet, les relations interpersonnelles ont tendance, en Base 5, a être équipées d’un système d’éjection d’urgence. On pourra les comparer aux boulons explosifs qui équipent les propulseurs de navette spatiales.

Il en va de même pour quiconque tenterait d’en savoir plus sur la vie d’une personne en base 5. Un exemple de situation très désagréable à vivre dans ce paradigme est celui du bavardage avec une personne que l’on vient juste de rencontrer (et la plupart du temps, c’est cette personne qui amorcera la prise de contact). « Qu’est-ce que tu fais dans la vie ? », « combien as-tu de frères et soeurs ? », « Où vivent tes parents ? » etc. Ces questions anodines peuvent être très mal vécues et entraîner un retrait rapide, voire une rupture de la communication. « Que me veux cette personne ? Pourquoi s’intéresse-t-elle à moi ? ». Si l’on ajoute à cela l’idée que le bavardage est perçu comme une perte de temps et d’énergie car dépourvue de sens, nous vous laissons imaginer l’impact que cela peut avoir sur la vie intime d’une personne en base 5.

A ce stade il est bon de préciser que les individus en base 5 ne sont pas tous des autistes schyzoïdes antisociaux. Comme précisé dans les autres articles, nous parlons là d’archétypes permettant à nos lecteurs de mieux saisir la spécificité de chaque type, et par la suite de mieux apprécier leurs subtilités.

 

Étant très sensibles à ces notions d’envahissement, les personnes en base 5 font généralement de très bons confidents, respectueux de la personne qui s’ouvrent à eux et conscients de l’importance du geste que vous faites à leur égard. Certes, l’image du château-fort est généralement associée à la plupart des comportements observés en Base 5, mais si le pont-levis est descendu pour vous, considérez ce geste comme une marque sincère d’appréciation et de confiance.

L’isolation joue aussi à l’intérieur de soi. « Je suis une tête qui flotte à 1 mètre 80 du sol », tout ce qu’il y a en dessous (les émotions qui viennent du coeur, les instincts qui viennent des tripes) est également analysé et classé en catégories, mais n’est, en règle générale, pas exprimé. C’est pourquoi la manifestation d’émotions fortes (tristesse, colère, peur) ou de certains messages du corps (faim, fatigue, envie de se dépenser) peut génèrer une forme de malaise qui a tendance à renforcer les individus de cette Base dans leurs tendances de détachement de soi. « Il se passe des choses en moi que je ne comprends pas et que je n’arrive pas à contrôler, je vais donc les ignorer ».

 

En devenant partie prenante de l’expérience, et non pas observateur détaché, la personne en base 5 va pouvoir accéder à l’idée supérieure appelée ici omniscience. L’omniscience ne doit pas ici être vue comme un « je sais tout sur tout », mais plutôt comme de savoir incarner, un « j’ai suffisamment creusé le sujet, j’en sais assez, pour accepter que si des éléments, informations ou concepts nouveaux me sont soumis, j’arriverais à aller chercher et trouver les liens qui manquent, et je saurais les tisser et les argumenter ».

Dans les comportements, on va pouvoir observer des gens qui ont une difficulté à vulgariser le savoir, et qui, quittes à paraître condescendants, vont vous reprendre quand vous reformulez leur point de vue en changeant des mots. Ici, le mot clé est « expertise ». De la même manière, si vulgariser est égal à mentir, synthétiser signifie « omettre », aussi est-il difficile en Base 5 de faire preuve de pédagogie sans entrer dans les détails.

L’image caricaturale est celle de l’universitaire spécialiste de la trophallaxie des fourmis, mais qui aura du mal à vous parler de leur mode d’échange chimique par phéromones car il n’est pas assez compétent. Ceci illustre parfaitement comment la maîtrise peut aussi contribuer à renforcer ce mécanisme de défense qu’est l’isolation. « Je ne peux en parler à personne ».

 

Intégration et Désintégration

Intégration : l’apport des caractéristiques positive du 8 l’aide à agir consciemment en fonction de son pouvoir, plus qu’en fonction de ses connaissances. Il devient capable de sentir les choses, plus que de les penser, et devient capable de plus de spontanéité

 

Désintégration : l’apport des caractéristiques négatives du 7 l’amène à devenir agité, à passer d’idée en idée, sans trouver la solution. Au discernement fait place une quête de stimulations et d’expériences diverses ne menant à rien de concret.

Mécanisme ennéagramme 5

Nicolas DEPETRIS & Jean-Philippe VIDAL
Novembre 2010

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