Mécanisme ennéagramme 4

Portrait de Jean-Philippe VIDAL
Ennéagramme 4

La Base 4 fait partie du centre émotionnel. Comme décrit dans l’article présentant la théorie des centres, la problématique du centre émotionnel se résume par la question “Qui suis-je ?”.

En Base 4, pour répondre à cette question, nous nous tournerons vers l’intérieur en nous définissant par rapport à notre propre univers émotionnel. Or l’émotion est une énergie qui trouve sa source dans la relation à l’autre, à “ce qui n’est pas Moi”. Etant le seul habitant de mon univers intérieur je vais finir par contacter la sensation qu’il me manque quelque chose, car les émotions que j’y vis ne me semblent pas assez intenses. Un sentiment d’insatisfaction permanent et lancinant va rapidement s’installer : “Il manque quelque chose.”

Certes, en me tournant vers l’extérieur je verrais et ressentirais certainement plus de choses, mais le fait que l’émotion provienne du “dehors” va créer un autre malaise. En effet, dans l’idéal de la Base 4, l’émotion doit être la plus pure expression de qui je suis : Je dois être à l’Origine de mes émotions.

En découle la problématique propre à la Base 4, qui pourrait se traduire par la phrase Suis-je authentique, moi-même ?.

 

L’expression de la Base 4 va être alimentée par la croyance inconsciente que c’est l’émotion ressentie qui valide notre existence en tant qu’individus. Ne voulant pas se “perdre” dans la banalité, il va donc falloir ressentir des émotions intenses, inédites et spectaculaires, qui aideront à se sentir pleinement exister. « Je suis ce que je ressent ».

Or l’émotion est passagère par nature. On peut la recontacter en revivant certaines situations enregistrées par notre centre instinctif, mais elle n’est jamais “exactement” la même. C’est en tous cas comme que le vit l’individu en Base 4, rendue hyper-sensible à la moindre variation émotionnelle.

Cette sensibilité à la subtilité des émotions nous amènera parfois à ne pouvoir trouver le mot juste pour exprimer à sa juste valeur telle ou telle émotion ressentie. “A ce moment là, je me suis senti comme…”, “c’était tellement bouleversant que j’ai ressenti cette…”, les mots restent suspendus en l’air et ne suffisent pas à communiquer exactement ce que je ressens. C’est pourquoi, exaspéré, il pourra m’arriver de lâcher un “De toutes façons, tu ne peux pas comprendre.” Sans appel.

S’ajoute à cela une inquiétude liée à la perspective de l’abandon. Si je m’attache à quelqu’un, je cours le risque de souffrir lorsque le lien sera rompu, lorsqu’il ou elle me quittera. En effet, j’ai intériorisé le fait que l’émotion n’était pas faite pour durer. Et comme c’est cette émotion qui alimente le lien qui nous uni, si elle disparaît elle tranchera ce lien. Notamment dans leur vie amoureuse, il n’est pas rare d’entendre des personnes se reconnaissant en Base 4 racontant comment elles avaient mis fin d’elle même à une relation car « ce n’était plus comme avant » et ajoutant parfois que l’autre « allait me quitter de toutes façons ».

 

La soif permanente d’émotions intenses ressenties en Base 4 ne pourra jamais vraiment être totalement satisfaite. Nous allons alterner des périodes d’intense euphorie avec des périodes de profonde dépression, surtout quand l’euphorie nous a quitté… En même temps, il faut reconnaître que la tristesse peut être une émotion intense, à condition qu’on l’entretienne.

C’est ce qui encourage certaines personnes en Base 4 à privilégier inconsciemment les émotions dites négatives (principalement la tristesse et ses dérivés) à des émotions positives qui semblent de toutes façons moins évidentes à contacter (la joie, par exemple). En effet, l’alternance d’émotions intenses peut nous poser un problème si nous avons intégré que nous étions ce que nous ressentons. Plutôt que de reconnaître notre nature changeante (suis-je si futile que ça ?) il est plus aisé de se laisser couler au fond pour prolonger cette expérience certes déplaisante mais plus congruente.

Pour beaucoup, on peut résumer cette posture par des phrases comme “je ne me sens bien que quand je vais mal” et autres constats paradoxaux. Cette complaisance dans l’insatisfaction se traduit aussi chez beaucoup par des habitudes vestimentaires extravagantes et l’émergence de mouvements culturels désignés par des termes génériques tels que “gothiques” ou “emo” (nous parlons là de lieux communs, pour plus de renseignements à ce sujet nous vous invitons à consulter Wikipedia). Bien sûr, nous traitons là de cas extrêmes et facilement observables. Toutes les personnes se retrouvant en Base 4 ne dorment pas dans un cercueil, n’écoutent pas (que) du Type O Negative et n’ont pas toutes 4 anneaux dans chaque narine.

Quoi qu’il en soit, la sensation de manque permanente, due d’un côté à un univers intérieur jugé trop peu intense et de l’autre à l’amertume due à la nature fugace des émotions intenses va poser les fondations de la fixation associée à la base 4 : la Mélancolie. Il s’agit du regret de certaines émotions ressenties, principalement dans l’enfance. Ces émotions étant pour nous la manifestation des premiers contacts avec le monde, nous serons toujours séduits par l’idée de les recontacter. Et lorsqu’elles se présentent, nous avons à peine le temps d’en saisir la précieuse subtilité qu’elles sont déjà reparties…

Prenez l’exemple de Marcel Proust et de ses fameuses madeleines. A l’heure du goûter je croque un biscuit trempé dans du thé et je suis immédiatement submergé par tous ces souvenirs et ces émotions. Tentant de les préserver, j’écris un des monuments de la littérature française où il me faut 10 pages pour décrire la porte de la cuisine et surtout ce qu’elle m’évoque.

 

L’idée supérieure sur laquelle la personne de Base 4 pourra s’appuyer pour sortir de sa compulsion est celle d’Originalité. Il est bon de souligner qu’ici le terme originalité est utilisé dans sa définition… d’origine. Dans le langage courant, le terme “original” a fini par être mis en adéquation avec des expressions comme “décalé” ou “hors norme”. Or ici il s’agit bien de le comprendre comme “à la seule l’origine de”, donc “unique”.

Ainsi, il s’agit de reconnaître que mes émotions ne définissent pas qui je suis, mais que c’est bien ce que je suis qui est à l’origine de ce que je ressens. Cette compréhension profonde revient à résoudre la problématique de la Poule et de l’Oeuf et a un effet extrêmement libérateur chez les personnes se retrouvant en Base 4 qui on choisi de travailler sur elles.

Sur le registre émotionnel, la passion associée au mécanisme du Type 4 est l’Envie. On est là encore dans le paradoxe puisque le ressenti est le suivant : Je vais envier ce que l’autre a de plus que moi car cela le rend plus différent des autres que je ne le suis moi-même. Pour se sortir de cet amalgame inextricable, nous pouvons faire appel à la vertu appelée Contentement. En reconnaissant que la peur de la banalité est infondée (puisque chacun est unique), on se libère du besoin de voir la vie comme une course à l’excentricité pour vivre pleinement sa différence dans le présent et en toute acceptation de l’autre.

 

En base 4, la plupart des spécialistes de l’Ennéagramme on identifié deux mécanismes de défenses pour répondre à un malaise ou une souffrance ressentie.

Tout d’abord, l’introjection. Strict opposé de la projection, je vais prendre pour moi les émotions de l’autre (que ce soit un proche ou un parfait inconnu) pour “alimenter ma propre marmite”. C’est une stratégie efficace pour vivre des émotions fortes, surtout si j’en suis venu à croire que j’étais banal car il me manquait quelque chose.

Autre stratégie : la sublimation. Il s’agit là de prendre la souffrance, le mal-être, pour la transformer en quelque chose de beau à concrétiser, que ce soit sous forme d’oeuvre d’art ou par la maitrise d’un quelconque savoir-faire (en artisanat, notamment). Toute forme d’art étant pour beaucoup de créateurs un instrument de libération de la souffrance (catharsis), il n’est pas étonnant de constater que nombre d’artistes sont ou étaient vraisemblablement de Base 4 (Vincent Van Gogh, Arthur Rimbaud, Charles Baudelaire, Serge Gainsbourg, Michael Jackson, Johnny Depp etc.).

On ne s’étonnera pas que certaines écoles d’Ennéagramme aient apposé l’étiquette “Artiste” à la définition de ce type de personnalité, même si le terme “Tragico-romantique” rend, selon moi, plus justice à la dimension alternative de son mécanisme.

 

Intégration et Désintégration

Intégration : l’apport des caractéristiques positive du 1 l’aide à devenir plus « assertif », à prendre sa place dans le monde plutôt que de continuer à plaider sa différence.

 

Désintégration : l’apport des caractéristiques négatives du 2 l’amène à adopter un aspect amical forcé avec les autres. Il exagère son impact dans la vie d’autrui jusqu’à le dire ouvertement. En réalité, c’est à ce moment là qu’il cherche le plus à se rassurer vis à vis de sa crainte d’être abandonné.

Mécanisme ennéagramme 4

Nicolas DEPETRIS & Jean-Philippe VIDAL
Novembre 2010

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