Les 3 Centres

Portrait de Jean-Philippe VIDAL
Théorie des centres de l'ennéagramme

Une des façons d’appréhender la logique de construction de l’Ennéagramme est la théorie des Centres

Trois cerveaux distincts cohabitent chez l’Homme, en relative interdépendance. C’est ce que le médecin et neurobiologiste Paul D. MacLean a théorisé à partir de 1962 avec son approche du cerveau « triunique » .

  • Le cerveau reptilien, qui nous renvoie à nos instincts,
  • Le cerveau limbique qui nous renvoie à nos émotions,
  • Le néocortex qui nous renvoie aux fonctions « supérieures » (mémoire, capacité d’abstraction etc).

Dans la sagesse populaire cependant, on parle des tripes, du coeur et de la tête. Ces même concepts se retrouvent dans l’Ennéagramme. On parle ici de « centre instinctif » (cerveau reptilien/tripes), de « centre émotionnel » (cerveau limbique/coeur) et de « centre mental » (néocortex/tête).

Les trois centres peuvent être vus comme trois organes ayant chacun une utilité :

  • Le centre instinctif est le siège de l’action, du réflexe (respirer, marcher etc)
  • Le centre émotionnel nous sert à entrer en relation avec les autres, mais aussi avec nous même (ressentir)
  • Le centre mental quand à lui, est le siège de la réflexion, de la planification (peser le pour et le contre avant d’agir). C’est le lieu de la conscience réflexive (« je suis conscient d’être conscient »).

 

De l’utilisation des centres

L’avion vient de s’écraser, je suis le seul survivant :

  • si je fais appel à mon centre instinctif, je vais agir pour survivre, je passe immédiatement à l’action.
  • si je fais appel à mon centre émotionnel, je vais sans doute me laisser déborder par ma tristesse face à une telle catastrophe.
  • si je fais appel à mon centre mental, je vais être dans une hyper lucidité de la situation, mais je ne vais pas bouger (« j’observe que le feu est en train de s’approcher »).

Tout l’enjeu se résume à notre capacité à jouer la bonne carte, le bon centre, au moment opportun : quand je joue une partie d’échecs, le centre mental m’est certainement très utile. Mais quand il s’agit de faire comprendre à l’autre combien je l’aime, il vaut mieux laisser s’exprimer le centre émotionnel.

 

Centre préféré

Les trois centres sont présents chez chacun d’entre nous, mais leur ordre de priorité va varier d’un individu à l’autre. Ainsi, un centre sera toujours privilégié par rapport aux deux autres.

On obtient dés lors 3 grandes typologies de personnes, que par abus de langage nous appellerons parfois « les instinctifs », « les mentaux », et « les émotionnels ».

Précisons immédiatement qu’ il est tout à fait possible qu’un individu A s’avérant être un « Instinctif » ait un quotient intellectuel supérieur à celui d’un individu B, même si ce dernier est un « Mental ». Nous n’insisterons jamais assez sur le fait que les instinctifs ne sont pas tous des brutes, que les mentaux ne sont pas tous des prix nobels, et que les émotionnels ne sont pas tous des poètes.

Le concept de centre « préféré » définit, en situation de stress, comment nous allons nous rabattre sur ce que nous faisons le mieux : L’habitude va nous dicter quel centre activer en premier.

C’est l’activation compulsive et inconsciente de ce centre préféré en situation de stress qui va entraîner ce que l’on nomme « désintégration » dans l’Ennéagramme.

 

Orientation temporelle

Passé, présent, futur, le centre de son type va influer sur la façon dont la temporalité est vécue par chaque individu.

Le centre instinctif passe son temps à établir des comparaisons inconscientes entre la situation présente et les expériences précédentes et opte pour ce qui avait fonctionné la dernière fois (principe de réflexe conditionné). Il y a donc une notion sous-jacente de lien au passé.

L’émotion est instable, changeante, ce qui signifie que le centre émotionnel est la part de nous qui vit l’instant présent.

Le centre mental quant à lui va surtout passer son temps à planifier le futur (« que va-t-il se passer ? »)

 

Problématique des centres

Chacun des trois centres est animé par une énergie émotionnelle différente, qui va donner une coloration spécifique à sa manifestation.

L’énergie associée au centre instinctif est la colère. Il s’agit bien d’une énergie qui vient des tripes, pas d’une colère « mentale » (« je vais me mettre en colère »). Une illustration parfaite de ce mécanisme consiste à observer les transformations de Bruce Banner en Incroyable Hulk lorsqu’il est soumis à un facteur de stress. Le centre instinctif est « seul face au monde », on est dans une énergie « expensive ». La problématique est « comment survivre ? ».

Le centre émotionnel, puise ses ressources dans un paradigme « moi et les autres ». Entre moi et les autres, il y a des émotions, un ressenti, qui changent tout le temps. Va donc se poser la question de définir son identité, c’est à dire ce qui ne change pas. La question posée est donc « Qui  suis-je ? ». Viens avec ceci la peur de ne pas être à la hauteur, on parlera alors d’une énergie de « dépression » marquée par la tristesse.

Le centre mental essaie de gérer cet équilibre instable entre surpression et dépression, en organisant le futur. Mais comme le futur est toujours inconnu et imprévisible, il est en permanence marqué par la peur. L’enjeu est ici : « comment gérer ma peur ? »

 

Orientation de la problématique

Pour passer de trois centres à neufs bases (3 bases par centre ou « triade »), il est judicieux de se poser la question du regard que nous posons sur l’origine du déclencheur de nos états de stress :

  • Vers l’extérieur : nous percevons les déclencheurs comme étant à l’extérieur de nous-même. Le temps et l’énergie sont consacrés à ce qui existe à l’extérieur. Ce sont les points 2, 5 et 8 de l’énnéagramme.
  • Vers l’intérieur : la tendance est inversée. Ce sont les points 1, 4 et 7.
  • Mixte : Ici, on tente de maintenir l’équilibre entre préoccupation extérieure et intérieure du centre. Le centre impliqué tente de se substituer aux deux autres, avec moins de réussite que ces derniers et donc au détriment de sa propre fonction. Ce sont les points 3, 6 et 9

 

Nicolas DEPETRIS & Jean-Philippe VIDAL
Octobre 2010

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