Le processus de désidentification de l'ennéagramme

Portrait de Frédéric MICHEL

L'ennéagramme est un premier niveau de réponse à la question qui se pose à nous lorsque, plongés dans un environnement qui n'est pas nous, nous devons très jeunes établir une frontière entre le soi et le non soi, et créer ainsi un sentiment d'identité basé sur l'appartenance à un des neuf grands systèmes de défense que l'ennéagramme propose. Chacun nous nous sommes donc identifiés à une image de nous basée sur une peur fondamentale parmi neuf.

Je vous propose ici un ennéagramme de processus (voir l'article sur le sujet) particulier pour jalonner le chemin de désidentification de notre armure que l'ennéagramme rend possible.
Dans un premier temps, nous allons « réagir » à l'environnement en construisant notre identification. Elle va s'appuyer sur une fixation (au point 1) qui va donner lieu dans un contexte de relation interindividuelle à une manifestation émotionnelle associée, une passion (au point 2).

Jusqu'au jour où (point choc en 3), nous prenons conscience de notre « prison » et n'avons qu'une envie en général, c'est d'en sortir. Le mental cherche une solution et va tenter de lutter contre la passion, qui est d'ordre émotionnel, et générer de ce fait une attitude réactionnelle, une « contre-passion » (au point 4) qui vise à lutter contre la passion. Ce mécanisme nous est souvent présenté pour le 6, et on parle en général de contrephobie, mais il existe systématiquement et on peut en faire un rapide tour d'horizon :

  1. Le renoncement : au lieu de vouloir toujours faire au mieux, le laisser-aller se manifeste mais à l'intérieur ne fait que renforcer la pression.
  2. La fausse discretion : au lieu d'affirmer son importance dans la vie de l'autre, on minimise son rôle en espérant que l'autre affirme notre importance.
  3. La retenue : au lieu de toujours se mettre en avant, on se tient en recul mais en espérant pouvoir tirer avantage de la nouvelle posture.
  4. L'autosuffisance : au lieu de céder à l'envie, on affiche un faux contentement mais à l'intérieur, l'envie n'en est que plus forte.
  5. La fausse générosité : au lieu de retenir, on donne abondamment en se faisant violence.
  6. La témérité : face au danger, au lieu de trembler, on décide de foncer tête baissée dans ce qui fait peur.
  7. L'austérité : au lieu de se montrer gourmand, on fait preuve d'une retenue qui fait intérieurement souffrir.
  8. Le minimalisme : au lieu de déborder dans des excès, on affiche une posture très sobre, jusqu'à l'excès de sobriété.
  9. L'hyperactivité : au lieu de sombrer dans la paresse, on déborde d'une activité qui ne nous implique pas et nous laisse dans la paresse d'être vraiment présent.

Comme toujours dans un ennéagramme de processus, l'enjeu est de faire le travail entre 4 et 5, et au point 5, on arrive à la vraie désidentification, qui aura été rendue possible en cultivant sur le chemin son observateur intérieur, sa capacité à ne plus être dupe de nos automatismes sans pour autant entrer en mode réactionnel face à eux.

Vient alors au point 6 le moment de la récolte à condition de s'ouvrir à toutes les conséquences de cette nouvelle façon de vivre notre réalité. Il s'agit de s'autoriser à être pleinement soi-même, sans donner prise à nos croyances limitantes, en déployant notre pleine ouverture émotionnelle.

Peut alors venir au point 7 la vertu, en face de la passion en 2, et au point 8, grâce au vécu conscient de la vertu, l'émergence de l'idée supérieure, en face de la fixation au point 1.

Comme dans tout ennéagramme de processus, l'étude des flèches est pleine d'informations précieuses :

  • 1-4 : La fixation mentale est le point d'appui qui oriente la contre-passion mise en œuvre.
  • 4-2 : Les échecs quand aux résultats de la mise en œuvre de la contre-passion renforcent la passion.
  • 2-8 : L'idée supérieure est le plus puissant antidote à la passion quand elle est « intégrée ».
  • 8-5 : L'idée supérieure est la clef principale dans le chemin de désidentification.
  • 5-7 : La désidentification conduit naturellement et sans effort à l'expression de la vertu.
  • 7-1 : La fixation mentale se construit comme une fausse réponse (car au niveau mental) pour exprimer les apports de la vertu.

On constate dans tout ceci le rôle particulier de l'idée supérieure pour dénouer l'enfermement dans l'ennéagramme, comme illustré fort judicieusement par des approches comme l' « approche diamant » de Almaas, relayée également par Sandra Maitri.

Une étude approfondie des idées supérieures est proposée dans le cadre du cursus « Maitre-Praticien en ennéagramme envolutif ».

 

Frédéric MICHEL
30 juin 2013

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