Boucle systémique : les stratégies ennéagramme vues comme des cercles vicieux qui nous enferment

Certaines situations semblent se répéter indéfiniment, malgré tous nos efforts pour les résoudre. Ce peut être un conflit qui revient toujours sous une autre forme, un problème chronique ou un couple qui en revient toujours à la même dispute, par exemple.

Issu de l’approche systémique, la boucle systémique est un concept permet de comprendre que les problèmes ne sont pas seulement liés aux individus, mais aussi aux interactions entre eux à l’intérieur du système qu’ils constituent. Il s’agit d’un mécanisme de causalité circulaire dans lequel les comportements de chacun renforcent ceux des autres, créant un cycle auto-entretenu par des boucles de rétroaction positive ou négative, et posant un rempart au vrai changement.

Et du point de vue de la pensée systémique, on peut considérer la répétition automatique d’une stratégie ennéagramme comme un schéma dans laquelle nous sommes inconsciemment pris au piège, ouvrant des perspectives sur les moyens de casser le cercle vicieux.

Boucle systémique ennéagramme

Qu’est-ce qu’une boucle systémique ?

La pensée systémique, liée aux travaux de l’école de Palo Alto, repose sur l’idée fondamentale qu’un système complexe ne peut pas être vraiment compris en analysant séparément les éléments qui le composent, mais en observant les interactions entre eux. Le couple, la famille, une équipe professionnelle, une organisation ou même un individu, avec la complexité des relations entre toutes ses pensées et ses émotions, peuvent être considérés comme des systèmes.

L’analyse systémique est mise à profit dans de nombreux domaines, de la thérapie au management, en passant par toute situation de relation humaine, en y apportant une nouvelle façon de considérer la dynamique complexe qui participe aux symptomes.

Une boucle systémique est un enchaînement circulaire d’actions et de réactions, où chaque comportement influence le suivant, pour au final renforcer le comportement initial. On n’a plus une simple ligne droite de cause à effet mais un cercle, un serpent qui se mord la queue (Ourobouros). La boucle s’entretient parce que quand A agit, B réagit et cette réaction renforce le comportement de A, ce qui accentue la réaction de B, ce qui entraîne une augmentation du phénomène, comme dans l’effet Larsen bien connu des musiciens.

On peut avoir une boucle d’amplification, qui va avoir pour résultat de renforcer le phénomène initial, mais aussi une boucle de régulation, s’il existe à l’intérieur de la boucle de rétroaction une rétroaction négative qui va « calmer le jeu » et contribuer à instaurer équilibre et stabilité.

Les conséquences d’être pris dans le processus d’une boucle systémique

  • Une impression d’impasse

    Malgré les efforts, rien ne change, parce que les actions menées restent à l’intérieur du système, sans chercher à modifier la structure de la boucle.

  • Une escalade des conflits

    Dans une boucle d’amplification, les tentatives de résolution peuvent parfois aggraver le problème.

  • Une polarisation des rôles

    Les rôles de chacun, inconsciemment mis au service du système, deviennent rigides au sein de l’équipe et renforcent la boucle systémique.

  • Une absence de prise de responsabilité collective

    Chacun accuse l’autre comme étant point de départ de la boucle alors que la boucle étant circulaire, tous y sont point de contact et contribuent ensemble à la maintenir.

  • Un impact psychologique négatif

    À long terme, être pris dans une boucle systémique peut générer du stress chronique, une perte d’estime de soi ou de la démotivation professionnelle.

Quelles techniques pour sortir d’une boucle systémique ?

Il faut rompre la circularité, non pas en tentant de convaincre l’autre de changer, mais en modifiant sa propre position dans le système.

Souvent un tout petit changement à un point stratégique peut produire un effet global sur l’ensemble du système. La clef de l’approche, c’est d’intervenir au bon endroit.

Pour y parvenir, on a plusieurs outils à disposition :

  • Identifier la boucle : poser le cercle vicieux est une étape capitale qui permet de comprendre qu’on participe à son développement.
  • Reprendre sa part de responsabilité : accepter sa contribution à la boucle n’a pas pour objectif de se culpabiliser, mais bien plutôt de retrouver un vrai pouvoir d’action, une possibilité de choisir de faire autrement.
  • Faire une rupture de pattern : la boucle repose sur le fait que tout est prévisible. En proposant une réponse autre que la réponse habituelle, on déséquilibre le boucle.
  • Changer de niveau de communication : prendre du recul et mettre en mots la boucle systémique permet de la rendre consciente et d’introduire la possibilité d’un choix différent.
  • Modifier les règles implicites : sur le plan relationnel, quand des croyances inconscientes tacites posent des fondations du cercle vicieux, le fait de changer ces règles va de fait faire changer le système.
  • Changer le rythme : l’émotion est souvent un carburant qui accélère la boucle. Ralentir permet de prendre du recul en autorisant des espaces de réflexion.
  • S’appuyer sur le regard d’un tiers : parfois, quand on est pris dans le système, le « nez dans le guidon », il est bénéfique de profiter d’un regard extérieur, comme celui d’un coach par exemple, pour éclairer les évidences qu’on ne voit plus.

L’ennéagramme : un pilote automatique qui tourne tout seul…

L’ennéagramme est un modèle de description du fonctionnement humain riche et subtil que cet article n’a pas vocation à décrire. Si vous n’êtes pas encore familier avec l’approche, nous vous invitons à bénéficier de la riche documentation de ce site web, en articles et en vidéos, pour bien saisir de quoi il est question dans la suite de notre propos.

Chaque stratégie, en tant que système de défense face à l’environnement, peut y être vu comme une boucle systémique stable.

Au départ, le jeune enfant vit un manque d’amour, qui est de l’ordre du ressenti (c’est un ressenti subjectif qui ne permet en rien de juger du comportement objectif des parents…).

Ceci lui étant insupportable, il doit “trouver” une explication qui justifie qu’on puisse ne pas l’aimer, et à ce stade, c’est 9 grandes familles d’explication différentes qui vont être apportées, engendrant les neuf structures de l’ennéagramme.

A ce niveau, un cercle vicieux va alors se mettre en place : le centre mental va élaborer une stratégie pour pallier la déficience supposée (qui n’est en fait qu’une croyance !) et va confier au centre instinctif la mission d’agir conformément à cette stratégie. Le problème c’est que cette stratégie étant vouée à l’échec, immanquablement, il va en découler un vécu négatif au niveau du centre émotionnel, vécu qu’on cherchera à éliminer par une stratégie qui se trouvera être celle ayant conduit à cet état. 

On a donc :

  1. Une interprétation du manque d’amour ressenti qui génère une croyance fondatrice.
  2. Une stratégie S qui est élaborée par le mental pour le problème supposé par la croyance.
  3. Des comportements mis en oeuvre par le centre instinctif pour mettre en action cette stratégie.
  4. Un résultat systématiquement insatisfaisant, car une validation est recherchée à l’extérieur de soi. Le centre émotionnel en produit une émotion négative.
  5. La stratégie S est choisie comme moyen de résorber cette émotion négative.

Et nous voici revenus au point de départ, avec la complicité des 3 centres de l’ennéagramme !

Boucle systémique ennéagramme 5Un exemple valant mieux qu’un long discours théorique, je vous propose d’examiner ce principe sur le cas de figure de la compulsion n°5, « Explication du monde » :

  1. Du manque d’amour ressenti, l’individu en déduit la croyance qu’il n’y a pas assez pour mériter l’amour.
  2. Sur le plan stratégique, l’enjeu devient alors de ne pas se faire piller le peu qu’il y a.
  3. Dans les actes, il y a donc tendance à s’isoler.
  4. En pratique, l’isolation n’est jamais complètement efficace, ce qui engendre une peur d’être submergé.
  5. Le meilleur moyen d’endiguer cette peur d’être submergé consiste à faire en sorte de ne pas laisser entrer les pillards.

On peut de manière similaire dégager les 9 cycles de fonctionnement dans l’ennéagramme. Leur connaissance permet d’envisager des points d’intervention judicieux pour “casser la boucle” et sortir de nos schémas compulsifs. Une étude complète de ces clefs de décodage systémique pour chaque stratégie est proposée dans le cadre du cursus de formation certifiant de “Maître-Praticien en ennéagramme envolutif

FAQ – Boucle systémique

C’est un cycle d’actions et de réactions qui s’auto-entretient dans un système relationnel.

Non. Certaines boucles stabilisent et régulent les relations.

Oui, si on fait le travail de mise en conscience nécessaire, à travers une vraie prise de recul.

Parce qu’on les vit de l’intérieur et qu’on perçoit surtout la réponse de l’autre, sans voir sa propre contribution au problème.

Généralement non. Elle devient consciente lorsqu’on l’analyse.

Oui, si le changement se situe à un point stratégique du cycle. On parle souvent à ce titre d’intervention systémique stratégique.

Parce que les tentatives de solution font partie de la boucle et la renforcent.