La théorie des centres instinctif, émotionnel et mental : la clef de l’ennéagramme
La meilleure façon d’appréhender la logique de construction de l’Ennéagramme est la théorie des Centres
Les 3 centres instinctif, émotionnel et mental
Trois cerveaux distincts cohabitent chez l’Homme, en relative interdépendance. C’est ce que le médecin et neurobiologiste Paul D. MacLean a théorisé à partir de 1962 avec son approche du cerveau « triunique » .
- Le cerveau reptilien, qui nous renvoie à nos instincts,
- Le cerveau limbique qui nous renvoie à nos émotions,
- Le néocortex qui nous renvoie aux fonctions « supérieures » (mémoire, capacité d’abstraction etc).
Dans la sagesse populaire cependant, on parle des tripes, du coeur et de la tête. Ces même concepts se retrouvent dans l’Ennéagramme. On parle ici de « centre instinctif » (cerveau reptilien/tripes), de « centre émotionnel » (cerveau limbique/coeur) et de « centre mental » (néocortex/tête).
Nous sommes donc des êtres d’instinct, d’émotion et de pensée. Et c’est sur cette réalité que s’appuie l’ennéagramme en posant ses fondations dans la théorie des trois centres. Que dit cette théorie : que nous avons trois « outils » distincts dont les préoccupations sont différentes et qui fonctionnent ensembles au sein de notre psyché.
- Le centre instinctif est conçu pour répondre de manière appropriée aux situations de la vie en agissant pour assurer la sécurité et la survie. Il fonctionne par réactivation rapide de réflexes conditionnés et pour cela s’appuie sur une bonne « mémoire ». Il est donc porteur d’un lien au passé. Lieu de l’énergie, il permet la créativité dans l’action, la spontanéité, la coordination physique. Il est à l’œuvre quand « les tripes » sont de la partie et s’appuie sur un mode de mobilisation de l’énergie qui est la colère.
- Le centre émotionnel place la relation avec les autres au cœur de la vie. Et c’est bien ici de « cœur » dont il est question. Avec lui, il s’agit de ressentir. Il est le lieu des émotions et de l’affectivité, le moteur des désirs et des mises en relation. Il fonctionne dans l’instant présent et dans cet ici et maintenant pose la question de l’identité : « qui suis-je ? ».
- Le centre mental est là pour penser et réfléchir. Il cherche à avoir des informations et à rationaliser la vie afin de donner un sens au monde et à soi-même par le biais de l’analyse logique, du raisonnement, de l’imagination créatrice. Il étudie les possibilités et les perspectives et à ce titre est orienté vers le futur. Et comme le futur est toujours inconnu et imprévisible, il est en permanence touché par la peur.
L‘utilisation des 3 centres de l’ennéagramme
Imaginons une situation fictive : L’avion vient de s’écraser, je suis le seul survivant
si je fais appel à mon centre instinctif, je vais agir pour survivre, je passe immédiatement à l’action.
si je fais appel à mon centre émotionnel, je vais sans doute me laisser déborder par ma tristesse face à une telle catastrophe.
si je fais appel à mon centre mental, je vais être dans une hyper lucidité de la situation, mais je ne vais pas bouger (« j’observe que le feu est en train de s’approcher »).
Tout l’enjeu se résume à notre capacité à jouer le bon centre, au moment opportun : quand je joue une partie d’échecs, le centre mental m’est certainement très utile. Mais quand il s’agit de faire comprendre à l’autre combien je l’aime, il vaut mieux laisser s’exprimer le centre émotionnel !
La hiérarchie des centres
Dans la théorie des centres, les trois centres sont présents chez chacun d’entre nous, mais leur ordre de priorité va varier d’un individu à l’autre. On obtient dés lors 3 grandes typologies de personnes, que par abus de langage nous appellerons parfois « les instinctifs », « les mentaux », et « les émotionnels ».
Attention, on parle ici d’une priorité donnée à un centre, qui est sans rapport avec la puissance du centre en question par rapport aux deux autres ! Précisons immédiatement qu’ il est tout à fait possible qu’un individu A s’avérant être un « Instinctif » ait un quotient intellectuel supérieur à celui d’un individu B, même si ce dernier est un « Mental ». Nous n’insisterons jamais assez sur le fait que les instinctifs ne sont pas tous des brutes, que les mentaux ne sont pas tous des prix Nobels, et que les émotionnels ne sont pas tous des poètes !
Le concept de centre « préféré » définit, en situation de stress, comment nous allons nous rabattre sur ce que nous faisons le mieux : l’habitude va nous dicter quel centre activer en premier.
C’est l’activation compulsive et inconsciente de ce centre préféré en situation de stress qui va entraîner ce que l’on nomme « désintégration » dans l’Ennéagramme.
Selon les situations de vie, il est adéquat qu’un centre agisse plutôt qu’un autre et l’idéal serait que la triade soit équilibrée dans son fonctionnement de telle sorte que le centre instinctif soit aux commandes quand il est le plus approprié, le centre émotionnel quand c’est lui qui sait au mieux gérer les circonstances et le centre mental quand son domaine de compétences est en jeu. Il en va malheureusement différemment et nous avons donc tous :
un centre préféré, que nous avons tendance à sur-utiliser, y compris dans les situations où ce n’est pas le meilleur choix
un centre réprimé, que nous sous-utilisons, ne faisant pas appel à lui dans des cas où il serait le mieux à même de répondre
un centre de support, qui est le troisième centre, jouissant d’un statut intermédiaire.
L’orientation de la problématique
Pour passer de trois centres à neufs stratégies (3 stratégies par centre ou « triade »), il est judicieux de se poser la question du regard que nous posons sur l’origine du déclencheur de nos états de stress :
Vers l’extérieur : nous percevons les déclencheurs comme étant à l’extérieur de nous-même. Le temps et l’énergie sont consacrés à ce qui existe à l’extérieur. Ce sont les points 2, 5 et 8 de l’énnéagramme.
Vers l’intérieur : la tendance est inversée. Ce sont les points 1, 4 et 7.
Mixte : Ici, on tente de maintenir l’équilibre entre préoccupation extérieure et intérieure du centre. Le centre impliqué tente de se substituer aux deux autres, avec moins de réussite que ces derniers et donc au détriment de sa propre fonction. Ce sont les points 3, 6 et 9.














